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Bâtiment public roumain contemporain en construction avec une structure visible en bois d’ingénierie et des éléments en bois des Carpates
30 juillet 20266 min de lecture

L’industrie roumaine du bois réclame 25 % de bois dans chaque nouveau bâtiment public

L’ASFOR demande à la Roumanie d’exiger que les produits en bois représentent au moins 25 % de la valeur de chaque nouveau bâtiment public. Cette proposition de 2026 pourrait remodeler les marchés publics, mais elle constitue une position sectorielle, et non une loi adoptée.


Le débat « Wood First » gagne la Roumanie

L’industrie forestière roumaine a placé un chiffre clair au cœur de sa campagne de 2026 sur la politique de construction. L’Association des forestiers de Roumanie, l’ASFOR, propose que le bois et les produits dérivés du bois représentent au moins 25 % de la valeur de chaque nouveau bâtiment public.

L’idée vise à transformer des engagements climatiques généraux en une règle d’achat mesurable dans les appels d’offres et les contrats. Selon l’ASFOR, la demande publique liée aux écoles, hôpitaux, bâtiments administratifs et autres équipements pourrait soutenir la transformation nationale, conserver davantage de valeur dans les régions rurales et accroître l’utilisation à long terme de matériaux renouvelables.

Le statut de la mesure est essentiel : il s’agit d’une proposition émanant d’une association professionnelle, et non d’une obligation légale actuellement en vigueur. Aucun projet ne devrait présenter le seuil de 25 % comme obligatoire tant qu’une législation ou des règles de passation de marchés n’ont pas été formellement adoptées. La campagne reste néanmoins importante, car elle fait de la construction bois une question de politique publique plutôt qu’un simple choix du marché privé.

Pourquoi utiliser un pourcentage de la valeur du projet ?

L’ASFOR propose de mesurer le bois et ses produits dérivés en proportion de la valeur de la construction. Cette formulation est plus facile à intégrer au langage des marchés publics qu’une obligation imposant une ossature structurelle en bois à chaque bâtiment. Elle laisse la place à de multiples applications : bois de structure, CLT ou lamellé-collé, éléments de toiture, façades, fenêtres, portes, menuiseries intérieures et mobilier.

Cette souplesse constitue aussi le principal défi de la proposition. Un seuil exprimé en valeur ne prouve pas automatiquement qu’un projet présente moins de carbone incorporé ou de meilleures performances techniques. Des produits décoratifs coûteux pourraient satisfaire une partie de l’objectif alors que la structure principale reste inchangée. Les prix peuvent fluctuer, et des produits importés pourraient répondre à une catégorie bois définie de façon large sans renforcer l’industrie manufacturière roumaine.

Une politique applicable nécessiterait donc des définitions. Elle devrait déterminer quels produits sont comptabilisés, si des critères d’origine ou de certification sont autorisés par le droit des marchés publics, comment le bois recyclé et réemployé est traité et quelles preuves les entreprises doivent présenter. Elle devrait également prévoir des garanties contre l’utilisation de matériaux inutiles dans le seul but d’atteindre un pourcentage.

La déclaration carbone devrait accompagner le seuil financier. La quantité, le type de produit, les performances environnementales déclarées, la durée de vie prévue et le scénario de fin de vie fournissent des informations plus utiles que le seul prix.

La Roumanie dispose déjà de bases techniques pour le bois moderne

Le débat politique ne part pas de zéro. La Roumanie possède une longue tradition de construction en bois et un secteur moderne de l’ingénierie qui produit des ossatures bois, du lamellé-collé et des composants préfabriqués pour les marchés nationaux et d’exportation. Ses règles techniques comprennent des dispositions relatives aux structures en bois et au bois lamellé-croisé.

Cet aspect est important, car une politique d’achat ne peut réussir par le seul discours politique. Architectes, ingénieurs structure, spécialistes de la sécurité incendie, fabricants, entreprises et autorités de contrôle des bâtiments ont besoin d’une base technique commune. Des détails normalisés, des assemblages testés et une documentation fiable sont nécessaires pour que les maîtres d’ouvrage publics puissent acheter des systèmes bois en toute confiance.

L’ASFOR a présenté l’édition 2026 du salon nZEB Expo de Bucarest comme la preuve que les entreprises roumaines peuvent réaliser des constructions bois technologiquement avancées. Le Wood Hub, présenté comme Timber Partner de l’événement, occupait 352 mètres carrés et réunissait fabricants et spécialistes dans un salon consacré à la construction énergétiquement efficace.

Un salon ne vaut pas une capacité nationale de production. Il montre néanmoins qu’un réseau est en train de se former autour des produits, des connaissances et de la réalisation des projets.

De la matière première aux produits de construction à plus forte valeur

La question économique plus large pour la Roumanie est de savoir où la valeur est créée. La vente de matériaux peu transformés produit moins de valeur locale que la conversion d’une ressource vérifiée en composants d’ingénierie, panneaux finis ou systèmes constructifs complets.

Dans son commentaire de juin 2026, l’ASFOR affirme que la sylviculture et l’industrie du bois contribuent à environ 3,5 % du produit intérieur brut et peuvent générer un excédent commercial annuel allant jusqu’à 2 milliards d’euros. Ces chiffres viennent de l’association et doivent être considérés comme des estimations sectorielles. L’argument politique qui les sous-tend est que la demande intérieure dans la construction pourrait réduire la dépendance à l’égard de marchés d’exportation volatils tout en soutenant les usines, les services d’ingénierie et les emplois qualifiés.

Une transformation plus poussée exige aussi des investissements. Les produits structurels nécessitent un séchage contrôlé, un classement, des adhésifs ou des assemblages mécaniques, un usinage CNC, des systèmes qualité et des données traçables. Un objectif public sans plan de développement de l’offre pourrait entraîner des pressions sur les prix ou une hausse des importations. Un programme progressif, des projets pilotes et des prévisions transparentes de la demande donneraient au marché davantage de temps pour réagir.

La protection des forêts et l’usage du bois doivent être traités ensemble

Toute proposition visant à développer la construction bois en Roumanie soulève immédiatement des questions légitimes concernant les forêts, la légalité et la biodiversité. Une politique crédible ne peut pas considérer chaque mètre cube comme équivalent. Elle doit distinguer l’approvisionnement légal et géré de manière responsable des matériaux dont l’origine n’est pas vérifiée, et garantir que la demande du secteur de la construction n’affaiblit pas les objectifs de conservation.

Les produits à longue durée de vie peuvent stocker du carbone biogénique pendant leur utilisation, mais cela n’efface pas les émissions liées à l’exploitation forestière, à la transformation, au transport et à la construction. Cela ne simplifie pas non plus la comptabilité du carbone forestier. Le résultat climatique dépend de la gestion, de la régénération, des conditions du paysage, des hypothèses de substitution et de ce qui advient du produit en fin de vie.

Les marchés publics peuvent exiger des documents de chaîne de contrôle, des déclarations de produit et des registres de matériaux à l’échelle du projet. La traçabilité numérique devrait relier chaque produit prescrit à la documentation du fournisseur et, le cas échéant, aux déclarations environnementales de produit. Pour les structures préfabriquées, ces informations peuvent passer du modèle de conception aux nomenclatures, aux listes de débit et aux dossiers de remise.

Il s’agit d’une occasion directe pour les logiciels de type FrameVerk. Un concepteur devrait pouvoir consulter non seulement la géométrie et le coût, mais aussi la source, le statut de certification, les facteurs carbone et le pourcentage de matériaux admissibles dans le projet.

Une règle de 25 % modifierait les processus de conception

Si la proposition devenait loi, les équipes devraient la prendre en compte dès la phase de conception. Attendre l’appel d’offres pour ajouter des produits en bois conduirait à des substitutions médiocres et à des occasions manquées. Les trames structurelles, la stratégie incendie, la protection contre l’humidité, l’acoustique et l’intégration des réseaux influencent tous les systèmes bois qui sont viables.

Les maîtres d’ouvrage publics auraient également besoin de nouvelles compétences d’évaluation. Le prix initial le plus bas ne tient pas compte de la rapidité de montage, de la réduction des charges sur les fondations, de la qualité en usine, du stockage du carbone ou de la capacité d’adaptation future. À l’inverse, le bois ne devrait pas bénéficier automatiquement d’un avantage si un système est mal détaillé, difficile à entretenir ou approvisionné sans preuves crédibles.

Des bâtiments pilotes pourraient tester plusieurs méthodes de passation des marchés. L’un pourrait employer une ossature structurelle en bois ; un autre pourrait associer une structure hybride à des façades et des intérieurs en bois ; un troisième pourrait privilégier des systèmes de toiture et de murs fabriqués localement. Les résultats devraient être publiés, notamment les coûts, les ordres de modification, la durée du chantier, les autorisations incendie, le suivi de l’humidité et le carbone sur l’ensemble du cycle de vie.

La différence entre un slogan et une politique applicable

« 25 % de bois dans chaque nouveau bâtiment public » est un titre puissant parce qu’il est simple. Sa mise en œuvre le sera moins. Une règle robuste exige des définitions de produits, des normes techniques, des méthodes d’audit, des exigences de durabilité et une articulation claire avec le droit européen des marchés publics.

Elle doit aussi éviter d’assimiler origine nationale et durabilité. Soutenir les chaînes de valeur nationales est un objectif industriel légitime, tandis que les marchés publics doivent respecter les principes juridiques et que les allégations environnementales doivent être vérifiables.

La proposition pourrait être renforcée en visant des résultats parallèlement à la part de matériaux : seuils maximaux de carbone incorporé, exigences minimales de traçabilité, conception en vue du démontage, plans de durabilité et rapports après occupation.

Que va-t-il se passer ensuite ?

En mai 2026, le Congrès de printemps de l’ASFOR a utilisé le chiffre de 30 % de bois roumain dans ses revendications stratégiques, tandis que la proposition détaillée de juin de l’association sur la construction fixait un minimum de 25 % de la valeur des nouveaux bâtiments publics. Cette différence montre pourquoi le texte juridique définitif compterait davantage que le langage d’une campagne.

Pour l’heure, concepteurs et fabricants devraient considérer ce débat comme un signal du marché. La demande de bois du secteur public pourrait devenir plus explicite, et les équipes qui gèrent déjà des matériaux vérifiés, des détails constructibles et des données carbone fiables seront mieux préparées.

La Roumanie dispose de la ressource, de l’expérience en ingénierie et de la base industrielle nécessaires pour donner une place plus importante à la construction bois dans son économie. La transformation de la proposition des 25 % en politique publique dépendra du gouvernement, de la conception juridique et de la confiance du public. La prochaine étape productive ne consiste pas à supposer que la loi existe, mais à constituer des preuves au moyen de projets transparents et bien suivis.

Sources

ASFOR, « Construcțiile pe structură de lemn: o oportunitate strategică pentru economia și mediul României », 14 juin 2026 : https://asfor.ro/2026/06/14/constructiile-pe-structura-de-lemn-o-oportunitate-strategica-pentru-economia-si-mediul-romaniei/

ASFOR, « Congresul de Primăvară al Forestierilor », 24 mai 2026 : https://asfor.ro/2026/05/24/congresul-de-primavara-al-forestierilor-modernizarea-utilajelor-prin-dr-24-trebuie-dublata-de-o-industrie-a-prelucrarii-lemnului/

ASFOR, « Industria lemnului: avem resursa, ratăm valoarea », 21 juin 2026 : https://asfor.ro/2026/06/21/industria-lemnului-avem-resursa-ratam-valoarea/

Portail législatif roumain, dispositions techniques relatives au bois et au CLT : https://legislatie.just.ro/Public/DetaliiDocument/265184

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